La virée en ville

Il fallait bien que ça arrive. Il fallait que je fasse fi des contractions, des douleurs ligamentaires et de ma tendance à rester naturellement dans un périmètre de 10km autour de chez moi. Parce que Noël approche et parce que parfois une « grande ville » (traduction: une ville dépassant les 30’000 habitants) ça a des avantages.

Me voici donc emmitouflée dans ma doudoune spéciale « ventre proéminent », me dandinant sur les trottoirs couverts d’une boue neigeuse infecte et collante. Obligée de marcher lentement je suis. J’ai même l’impression de tanguer tiens. Enfin bref, la porte du centre commercial n’est plus très loin et c’est aussi bien comme ça… Je ne me précipite même pas dans le premier magasin venu. Non. Je suis digne. Je résiste à la consommation. Je vais d’abord aux toilettes!! Plusieurs autres femmes attendent comme moi, sous les lumières bleues hyper fashion. Directement devant moi, deux jeunes filles d’environ 16-18 ans piaillent discutent, puis m’aperçoivent et s’interrompent: « Madame, vous voulez passer avant nous?? » Le ton est pressant, limite angoissé, ou alors plein de pitié je ne sais pas. Je balbutie quelque chose comme « Euh oui, merci, si ça ne vous dérange pas ». Suis vieille et enceinte.

Un peu plus tard, à la caisse d’un magasin, je règle mon achat (mais oui!), la vendeuse me remercie et prend congé: « Au revoir Mademoiselle ». Sursaut de contentement! De courte durée. Je fais trois pas en arrière et, elle, voyant maintenant l’énormité de mon ventre: « Oh pardon, Madame« . Décidément, jeune et enceinte, c’est pas possible*. Je continue bravement mon chemin. Je fais ici l’impasse sur le problème du choix d’un soutif d’allaitement et sur ma déception en voyant qu’il ne reste plus un seul legging spécial future maman chez le suédois des habits.

C’est chargée de plusieurs sacs (« cornets » on dit chez nous) que je m’attaque à l’opération Noël. J’ai chaud, j’ai le ventre hyper tendu et je pense aux courses alimentaires que je dois encore faire. Heureusement, je trouve rapidement ce que je suis venue chercher et il n’y a pas trop de monde à la caisse. S’en suit l’éternelle question « Puis-je avoir un emballage cadeau s’il-vous-plaît? » Le charmant monsieur m’indique qu’il peut me fournir une feuille de papier cadeau à utiliser moi-même at home et que j’ai aussi le stand d’emballages cadeaux à ma disposition si je veux confier à des mains plus expertes mon paquet. Je frémis en pensant à la queue d’un km au minimum qui doit forcément se trouver devant le stand en question. « Euh, qu’est-ce que vous avez comme papier ici? » Là le monsieur me montre sa cravate (si si): « C’est la même chose que ça ». J’ouvre des yeux ronds et embarque la feuille de papier. Un peu plus tard, j’ai aussi acheté du papier cadeau. Si c’est pas de la consommation ça.

Dernière étape de mon périple en ville, faire quelques courses alimentaires (mais pas que). J’en profite pour glisser qu’on a reçu la nouvelle table de cuisine et qu’il fallait impérativement des sets de table pour aller avec… Là je suis donc en nage, épuisée, probablement plein de petites contractions et je me dandine de plus en plus (une vraie dinde ;-) ), rapport aux douleurs ligamentaires. J’arrive à peine à me baisser pour choper un 1kg de sucre en poudre dans le rayon. La classe.

Il est temps que je retourne dans ma campagne tranquille. Là-bas la neige est blanche et non grise, les magasins ne diffusent pas des chants de Noël américains en boucle, etc. Calme retrouvé.

* Je passerai sur le débat « quand dire mademoiselle et quand dire madame ».

11 réflexions au sujet de « La virée en ville »

  1. Mélina

    Je ne vais pas faire de polémique à ce sujet, mais comme toi j’aime bien me faire appeler mademoiselle. Et malgré mon apparence d’ado de 15 ans, on m’appelle de plus en plus souvent madame, ce qui me froisse au plus haut point :lol:

    En tout cas, j’imagine le stress du shopping en période de Noël en étant enceinte. ça me met deja de mauvaise humeur alors que moi je ne me trimballe pas un gros ventre :)

    Bises et bonnes fêtes de fin d’années !!

  2. Mlle Figolu

    Je compatis pour tout !!! :grin:
    Le dandinement, les contractions, les douleurs ligamentaires et les courses de cadeaux de Noël qu’on va essayer de faire demain soir …

    Je redoute si tu savais :neutral:

  3. Charlotte

    Mélina: Joyeuses fêtes à toi aussi, mademoiselle. :mrgreen:

    Mlle Figolu: Plaignons nous, mais qu’est-ce qu’on est heureuses, hein?

    JS: Pour le repos, oh que oui. Entre ça et la soutenance de thèse de P’tit Mari, j’en pouvais plus. Et la nouvelle table est trop chouette :smile:

  4. Valentine

    Je ne connaissais pas tes talents d’écriture. J’aime beaucoup, c’est frais. Quand j’écris, je tombe assez rapidement dans la mélancolie, le trop perso. Je partagerai, si ça te dit, qques textes avec toi.
    Bisous

  5. Charlotte

    Valentine: Volontiers pour tes textes! Tu blogues aussi? Je comprends ce que tu dis à propos de « tomber dans la mélancolie et le trop perso »; c’est un peu ce que j’ai fait pendant 3 ans sur mon premier blog.

  6. Valentine

    Pas de blog non, je ne suis pas assez à la page… :smile: mais je veux bien partager avec toi… je t envoie qques textes par l intermédiaire de FB.

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